Guêtres de pollen et autres noms indiens

Projet de diplôme.

J’ai réalisé ce livre, Guêtres de pollen et autres noms indiens, pour mon diplôme à l’école Émile Cohl, avec deux autres projets. J’en parlerai dans un article sur ma formation professionnelle. Je voulais traiter des illustrations par la technique de céramique le sgraffite, mais je n’arrivais pas à trouver le sujet qui irait avec. J’ai donc cherché des histoires parmi les peuples qui utilisaient cette technique à l’origine : les grecs, les romains, et les amérindiens.

Les textes : des noms indiens.

J’ai trouvé le livre Partition Rouge de Florence Delay et Jacques Roubaud, qui traitait des poèmes et chants des Indiens d’Amérique du Nord. Un des chapitres concerne les Poèmes noms, racontés par Samuel Makidemewabe, Swampy Cree du Canada  et historien de la tribu : “Pour les Crees les histoires sont des êtres vivants […] Tout être vivant est aussi une histoire, le nom est là qui en témoigne. ”

Chaque nom raconte effectivement une histoire, aussi passionnante qu’un conte. De la même façon les histoires de nos ancêtres sont inscrits dans leurs noms de famille. J’ai donc fait une sélection de certains prénoms rapportés par Samuel Makidemewabe et je les ai illustrés.

Des sgraffites comme illustrations.

J’ai choisi d’illustrer ces prénoms selon une technique de céramique utilisée entre autres par les amérindiens, le sgraffite. Les sgraffites étaient réalisés pour orner des pièces de céramiques utilitaires mais aussi des objets sacrés. Vous pouvez découvrir certains de mes sgraffites sur la page céramique.

En céramique, la technique du sgraffite est utilisée partout dans le monde, soit pour elle-même, soit pour décorer. Elle consiste à appliquer une engobe d’une couleur différente de la terre, puis à la gratter selon le motif désiré. Ainsi, la couleur de la terre apparaît à travers l’engobe.

Pour les illustrations,  j’ai produit des plaques de terre blanche sur lesquelles j’ai mis de l’engobe noire. Une fois la terre sèche, j’ai gratté pour faire apparaître la terre blanche. J’ai fait cuire les plaques, je les ai prises en photographie, puis j’ai ajouté la couleur sur ordinateur.

 

 

La mise en page.

Une fois toutes les illustrations réalisées, j’ai mis en page le livre. J’ai repris la couleur dominante de chaque image comme arrière plan du texte. Et j’ai aussi réalisé en sgraffite chaque animal dont il est question dans l’histoire. Ces sortes de cartouches sont placées sous le texte.

Au final, il y a un texte, un animal-totem et une image pour chaque nom. Trois manières de représenter une histoire, une personne.

 

sgraffites Les dix pages du livre, l'écriture à gauche, l'illustration à droite.

 

 

Livres d’artiste

Après mes années à Émile Cohl, j’ai passé un master livres d’artiste et édition d’art à Saint Étienne. J’en parlerai dans un article de blog plus en détail. C’était le prolongement de mes études, puisque j’y ai réalisé des livres d’artiste. J’ai pu y compléter mes apprentissages de mes années de fac d’arts plastiques et de celles d’illustrations.

J’ai réalisé plusieurs livres au cours de cette année, néanmoins, je ne vous en présenterai que trois.

 Agnès

Agnès, 2013, est un des projets de diplôme pour mon master.  Le livre se présente comme un coffret contenant six feuilles repliées. Chaque feuille dépliée mesure 23 sur 38 cm. Un exemplaire se trouve dans la collection Jacquie Barral à Saint Étienne.

Chaque feuille se déplie afin de laisser au lecteur le temps de découvrir le texte. Cela met en avant le rythme du texte. L’image apparaît à la fin, une fois le texte lu en entier. Ce n’est pas une illustration mais un élément complémentaire au texte.

Agnès est un livre qui présente une personne. Il interroge sur la notion d’identité, sur l’image que l’on renvoie et celle que l’on perçoit de soi-même. Il questionne aussi sur le fait de catégoriser les gens, fait accentué par la mondialisation. De nos jours, on se confronte à des cultures qui paraissent complètement opposées à la nôtre, alors qu’elles peuvent être semblables sous bien des aspects.

Ce livre parle aussi de la difficulté de trouver son identité quand nos origines sont multiples et changeantes. Peut-être notre identité ne se réduit-elle pas à où l’on vient, mais aussi aux endroits où l’on vit, aux personnes qu’on rencontre et à ce qu’on réalise.

Ce livre parle aussi de complémentarité entre deux personnes, de cette impression de miroir qui peut exister dans une relation. Le miroir, qui renvoie un reflet à la fois semblable et différent, ouvre sur une autre vérité.

Les couleurs utilisées sont le rouge, le jaune, le bleu, le noir et le blanc. Ce sont les couleurs de l’ancien drapeau taïwanais, le drapeau à cinq couleurs. Chaque couleur représente un des peuples qui a fondé la Chine. Ce drapeau résume les propos du livre : la multiplicité et la différence qui engendrent un tout, un pays, une personne.

 

Ferme les yeux et tu verras.

Le texte est une citation de Joseph Joubert trouvé dans une papillote. Page après page le texte apparaît puis disparaît, chaque lettre étant écrite sur une feuille de papier calque.

Deux couleurs, bleu et orange, auxquelles je reste fidèle dans mon travail. Ce livre illustre visuellement le travail de notre cerveau à chaque lecture. En effet, lorsque celui-ci lit une lettre il devine déjà les suivantes. C’est aussi un appel à la mémoire, important si on ferme les yeux, comme nous l’indique la phrase.

Livres d’artiste, Le grand livre à toucher, Le moyen livre à toucher et Le petit livre à toucher.

Ces trois livres sont composés de feuilles de papier, tissus, cartons tous blancs. J’ai utilisé une reliure japonaise. Il n’y a rien à lire, juste des pages brutes. Et comme l’indiquent les titres, le lecteur doit toucher les pages. Cela se rapporte aux livres pour les mal et non voyants comme la maison d’édition Les doigts qui rêvent. Mais aussi les prélivres de Bruno Munari, 1980.